Zipang: Midway, retour vers l’enfer?

Aujourd’hui, et après un long moment sans écrire autre chose que des articles plus ou moins inutiles, j’ai décidé de vous présenter un manga/anime qui me tient à cœur et qui selon moi mérite largement d’être plus connu en France. Zipang est donc un manga en 43 tomes de Kaiji Kawaguchi (également l’auteur de Spirit of the Sun) dont les six premiers tomes ont été adaptés en un anime de 26 épisode par Studio Deen en 2004. En France, 27 tomes ont à ce jour été publiés par Kana. Je le reconnais, 43 tomes cela peut évidemment sembler (très) long, mais l’intrigue justifie amplement ce développement un poil longuet.

Le synopsis évoque à première vue celui du film « Nimitz : Retour vers l’enfer »  (comme le titre subtil de cet article le laissait entendre): un destroyer japonais équipé du nec le plus ultra en matière d’armement moderne (système de défense anti missiles Aegis, missiles mer-sol Tomahawk etc..), le Mirai, pris dans une tempête au milieu du Pacifique, est mystérieusement transporté en juin 1942 à Midway, la veille de la bataille du même nom. Alors que l’équipage tente toujours de clarifier la situation, le Mirai découvre l’épave d’un hydravion de la marine impériale à la dérive. Alors que l’appareil commence à sombrer, le Capitaine en second du destroyer, Kadomatsu, parvient à extraire de la carcasse un jeune capitaine de corvette évanouis, Kusaka. De fait, en sauvant une personne dont la destiné était de mourir, les « hommes du futur » se retrouvent impliqués dans l’histoire de cette époque.

La majeure partie de la trame de Zipang est centrée sur la manière dont l’équipage du Mirai va gérer la situation à laquelle il est confronté et s’adapter à son nouvel environnement. Isolé de ses bases, le Mirai se trouve en effet dans un environnement hostile : il est peu probable que les ancêtres de leurs alliés américains les accueillent à bras ouverts, tandis que les japonais des années 40 possèdent une mentalité fort différente des contemporains de l’équipage. De plus des questions cruciales se posent rapidement : ce retour vers le passé est t’il une « chance » donné au Mirai pour changer l’histoire ? Ou au contraire faut-il à tout prix éviter de modifier le « passé » en favorisant un Japon impérialiste ?  De plus, comment faire pour assurer le ravitaillement en nourriture et en carburant du navire ? Et comment s’accommoder à cette époque tout en respectant les idéaux des forces d’autodéfense ?

En fait, les personnages en eux même sont au service de ces problématiques. En effet, si le « caractère » et la psychologie de chaque personnage ne sont pas spécialement développés en eux même, ceux-ci prennent en fait tout leur relief face à ces différents dilemmes. Ils vont en quelques sortes devenir les « avatars » des différents points de vue existants. Il est également intéressant de constater l’évolution des doctrines professées par tel ou tel  personnage au cours de la progression de l’intrigue (je pense notamment au chef canonnier Kikuchi). Bref, si les personnages peuvent de prime abord se révéler « basiques » voir un poil stéréotypés dans certains cas (on pensera notamment à l’idéalisme de Kadomatsu), l’évolution de ceux-ci est en fait l’une des parts les plus importante de l’intrigue de Zipang.

Parlons également des batailles : si elles sont relativement peu nombreuses par rapport au « volume » de l’œuvre, elles sont un régal pour le lecteur, une sorte d’apothéose. Les reproductions des navires et des armements d’époque par Kaiji Kawaguchi tout simplement magnifiques et extrêmement détaillées, et puis cela fait toujours plaisir de voir un navire tel que le Yamato reproduit fidèlement dans un manga ou un anime (c’est-à-dire sans réacteur géant =D) L’une de ces batailles est pour moi l’un des moments les plus intenses qu’il me fut donné de voir dans un anime. Bref, si elles sont plutôt rares, elles constituent tout de même l’un des principaux intérêts de Zipang, surtout qu’elles mettent aux prises un destroyer Aegis et des navires de la Seconde Guerre Mondiale, ce qui leur donne un caractère inédit et ô combien savoureux.

Un mot enfin sur l’adaptation en anime de Zipang : celle-ci couvre les six premiers tomes du manga ainsi que le début du tome 7 et leurs est fidèle (même si quelques éléments sont oubliés.). De plus, l’animation est selon moi de très bonne factures, tandis que certaines pistes de l’OST sont tout simplement superbes : Je pense par exemple à « Battle Mirai » ou encore à l’opening de l’anime « Rashiban ». L’anime de 26 épisodes constitue donc une très bonne introduction à la série, même si la fin peut s’avérer un poil frustrante, cela ne fait que pousser le spectateur à continuer l’aventure en achetant les mangas.

En effet, sur la durée Zipang se révèle être une fresque uchronique épique (oui, j’aime les néologismes) étant donné que, sans spoiler, Kaiji Kawagaguchi va pousser de plus en plus loin le développement sa « ligne de temps imaginaire » au fur et à mesure des tomes. Cela est en fait renforcé par l’environnement historique « riche » dans lequel baigne Zipang : ainsi, des personnalités telles que l’amiral Yamamoto, Hiro-Hito, ou encore Hitler et Staline constitueront des personnages plus ou moins récurrents du manga. Le manga se révèle également passionnant dans les problématiques qu’il propose, se révélant fort enrichissant dans la mesure où il apporte un éclairage sur la manière dont les japonais perçoivent leur pays et son rôle dans le second conflit mondial.

Bref, si vous éprouvez un intérêt pour la Seconde Guerre Mondiale, si les uchronies quelles qu’elles soient vous passionnent, ou si encore vous recherchez une œuvre sortant des sentiers battus et mêlant action et suspense, vous pouvez vous jeter sur Zipang.

PS : Le délai assez long entre la sortie du tome 27 (janvier-février) et du tome 28 (apparemment prévu pour aout) m’inquiète assez. J’espère que Kana n’abandonnera pas la publication, comme l’a jadis fait Tonkam pour Spirit of the Sun par exemple. Surtout que ne parlant pas le moonspeak, l’édition française de Zipang constitue pour moi le seul moyen de suivre ce manga.

3 réflexions sur “Zipang: Midway, retour vers l’enfer?

  1. N’ayant vu que l’anime, ça m’a suffit a me foutre une belle claque, autant pour le scenar en lui même que j’ai adoré, que pour le réalisme avec lequel sont représentés les différents navires et autres engins de guerre (les avions ne sont pas en reste). Les réactions aussi diverses que réalistes des membres de l’équipage face a cette situation pour le moins déroutante sont vraiment bien rendues, et que dire des scènes de combats (dont effectivement le faible nombre est un peu dommage) mais qui sont un pur moment de bonheur :D
    La manga sera la prochaine étape !

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